Hier, je me suis fait un petit gros.
Loin de moi l’idée de dire du mal, de critiquer une apparence, ou de dénoter une quelconque différence - l’un des principes fondateurs de notre Club de voyous étant le « no-bashing » - mais les faits sont là: Me suis tapé un petit gros.
Au Bar’n, vous commencez à le savoir, nous sommes amateurs de bonnes choses. Une viande, un joli vin rouge, une belle courbe, un moment de partage, bref, la vie est courte, et ce serait vraiment dommage de ne pas « tirer un peu sur la corde », tant que cela ne gêne personne, et que chacun y trouve son compte. Nous parlons ici de plaisirs partagés.
Mais il est aussi de ces petits plaisirs solitaires dont nous tirons grande satisfaction, qu’il serait dommage de ne pas vous conter dans ce petit billet acerbe.
Remettons les choses dans leur contexte:
Nous sommes donc le Samedi 20 Février 2021. Et je suis posé dans mon transat sur la terrasse chez moi en Valais. Pandémie, magasins semi-ouverts, limitation des réunions, bistrots fermés, tout ça, tout ça... Je regrette déjà de ne pas avoir roulé un peu hier en Vaudoisie, parce qu’il y faisait beau, et que les routes commencent à ne plus être trop salées, et je dois dire qu’une petite balade dans les cols jurassiens ou tout est encore blanc, au volant d’un gros V8 discret, m’aurait fait le plus grand bien.
Surtout avant d’aller passer quelques jours de vacances en famille à la montagne, où là, pour le coup, rouler avec ces machins ne serait pas montre d’une grande intelligence.
Déjà, ça, ben ça m’énerve.
Face à la plus belle vue du monde donc, je me mets à trifouiller mon téléphone, en commençant par les applications météo. Et là, première déception: Tempête de ciel bleu et températures printanières annoncées pour toute la semaine. Et les voitures qui sont en bas. Je sais donc déjà ce samedi matin que je vais pouvoir m’asseoir sur un peu de roulage de fin d’hiver.
Dans la foulée, comme tout bon « vieux geek », j’attaque les nombreux rézosociaux. Erreur! Groooossse erreur! Je dois timidement l’avouer, les fils d’actualités de mes comptes insta & Facebook sont un peu plus axés sur les bagnoles, le pinard, la bière ou le blues-rock, que sur les compilations douteuses de chats mettant à mort un sapin de Noël, où la prétendue efficacité d’une crème de jour pour les mains. Bref. Force est de constater sur les dits réseaux, que les copains sont allés chercher leurs plaques, et que l’heure est au redémarrage de nos belles de collection. Alors là, ça y va. Dédé qui se filme en train d’astiquer sa TR4 déjà rutilante, Christian qui m’appelle pour me demander à quelle heure on fait l’apéro au Bar’n, Dilan qui trépigne d’impatience pour « essayer le nouveau réglage de freins du Charger » - Dixit lui-même - ou Bertrand qui pose son téléphone sur le tableau de bord de son allemande, je reconnais les jolis virages de la route Bière/Gimel...
Sont pas fous, les copains: Grand beau annoncé toute la semaine + températures printanières = ON VA ROULER!!!!!! J’aurais fait pareil. Sauf que là, vraiment, je peux pas.
Et les bistrots ici qui sont fermés. Et la foule des trois gros cantons romands qui a décidé de se retrouver le même week-end, au même endroit. Et mes filles qui me tannent pour que j’aille skier avec elles. Mais moi, je veux aller rouler. Mais je ne peux pas.
Oui, je sais, il y a probablement du monde qui aimerait avoir mes emmerdes. On est d’accord. Toujours est-il que je rumine. Même si mon Père et la vie m’ont appris à toujours voir le verre à moitié plein, c’est plus fort que moi, je rumine.
Alors je me dis que quitte à avoir des problèmes de riches, autant s’attaquer à ce que l’on a sous la main. Un rapide tour d'horizon finit par me rassurer. Un déci ou trois de cette belle Petite Arvine de chez Ludo pour l’apéro. Ça, c’est fait. Je me dis que quitte à être au soleil, autant ressortir le barbeuc’, je trouverais bien quelques spare-ribs chez Alain à préparer et à poser sur la braise. Comme je suis seul à la maison, je n’ai pas besoin de faire de légumes. Et pour accompagner ça, il doit me rester une ou deux d’un superbe Pic Saint Loup que le Bon Murmure nous avait apporté lors de son dernier passage au Bar’n. Ça devrait faire l’affaire. Ceci avalé, je me sens déjà un peu mieux. Mais j’ai un problème de dessert: Y’en a pas. C’est comme un coïtus interruptus, ça laisse un gout de trop peu.
C’est ici que commence l’histoire du petit gros
J’ai un flash. Vous pensez bien qu’épicurien comme je le suis, je ne suis pas monté sans ma « maleta ». On pourrait croire que c’est une valise d’ustensiles à destination sexuelle, la maleta, mais non, c’est ma petite cave à tubes cubains portative. D’amour. Très pratique. Et je me souviens curieusement comme l’on se souvient du premier tour de clé dans une Challenger 426HEMI de 1970, que l’un de mes fournisseurs et ami de la place de Genève m’a un peu forcé la main sur l’achat d’une boite de vitoles d’un module dont je n’ai pas du tout l’habitude. J’aime les gros, moi. Et grands aussi. C’est comme ça, j’ai été à bonne école. Faut que ça dure, faut que ça chauffe un peu, que cela se tienne à pleine main. Un corona, en tous cas. Et si c’est un double, c’est pas grave..
Je me tire un café. Il reste un peu de Petite Arvine. Et je me dis que je vais pomper l’un de ces tubes que je viens d’acquérir.
C’est donc Un Partagas. Un D6. Et c’est alors la première fois que je me fais un petit gros. Un genre de « mini D4 », en plus fin, bordel. Et ce module est récent! Si ma mémoire est bonne, le grand fronton de la Calla de la Industria l’a mis sur le marché en 2014. C’est à la mode, les « p’tits joufflus », il parait.
Là, c’est la claque. Tout, tout de suite. Même à cru. Et dès l’allumage. Du bois, un peu de poivre, des épices, une belle fumée bleue, épaisse et compacte.. Je me dis que c’est trop beau pour être vrai, et que ça ne va pas durer, que si ça continue, je ne pourrais pas m'offrir le luxe de pourrir mon fournisseur, le traiter de vendeur de tapis. Mais j’oublie en croisant les arômes secs et minéraux de la Petite Arvine et du pétard boisé que ça reste un Partagas. Le tirage est EX-EM-PLAIRE! Rare pour un petit module. La deuxième moitié du cigare -je crois qu’on ne peut pas parler de tiers, ici, tellement il est petit - apporte un peu plus de poivre, à la limite du raisonnable, de puissance suave aussi, mais c’est bon! Pas besoin de dégazer, rien! Ça file tout seul. La cendre est d’un très joli gris fonçé, compacte, comme je les aime. Et j’en viens même à oublier la couleur un peu trop Claro qui me faisait souci avant de tirer dessus. 35 minutes plus tard, je regrette ma médisance. A tel point que j’hésite à remettre le couvert. Ce con de petit gros aura fait le boulot. Et de fort belle manière!
En fait, le con, je crois que c’était moi.
Maintenant, je vous laisse les Brads, j’ai ski avec mes filles.
Louis.
La “Maleta”…